Que vaut la nouvelle méta-analyse sur l’inefficacité de l’hydroxychloroquine contre le coronavirus?

Les chercheurs ont étudié les résultats de travaux publiés antérieurement sur le médicament. Ils confirment que les recherches menées jusqu’à présent n’ont révélé aucune efficacité de l’hydroxychloroquine dans le traitement des patients atteints de Covid-19.

C’est un médicament ancien bien connu, utilisé contre le paludisme ou le lupus. Mais depuis le début de la pandémie de Covid-19, lehydroxychloroquine fait l’objet de débats passionnés au sein de la communauté scientifique, dans les médias et sur les réseaux sociaux. Le professeur Didier Raoult affirme avoir démontré dans son IHU de Marseille l’efficacité du traitement contre le coronavirus. Les présidents américain et brésilien, Donald Trump et Jair Bolsonaro, ont salué les mérites de la molécule, exhortant leurs concitoyens à la prendre. Les prescriptions ont même bondi de 86% en un mois aux États-Unis, selon une étude (article en anglais et payant) publié dans la revue Jama début juillet.

Mais l’hydroxychloroquine, associée ou non à un antibiotique, l’azithromycine, sauve-t-elle, comme le prétendent ses défenseurs, des vies face au coronavirus lorsqu’elle est prescrite en traitement? Une nouvelle étude (article en anglais), publié mercredi 26 août dans la revue Microbiologie clinique et infection, le journal officiel de la Société européenne pour la microbiologie clinique et les maladies infectieuses, entend apporter une réponse définitive.

Comment cette étude a-t-elle été menée?

Il s’agit d’une méta-analyse: une étude à grande échelle qui examine les résultats d’autres études scientifiques. Des chercheurs de l’Inserm, de l’Université de Lausanne et de celle de Neuchâtel ont commencé leurs investigations mi-avril, explique à franceinfo l’un des auteurs, Thibault Fiolet, doctorant en santé publique à l’Université Paris-Saclay et membre de l’Inserm. “Nous avons effectué une recherche dans les bases de données des publications scientifiques. Nous avons entré des mots clés: hydroxychloroquine, Covid-19, mortalité … Nous avons obtenu 839 résultats”, expose le scientifique.

Les auteurs alors éliminé les 254 doublons (le même article peut être publié sur plusieurs plateformes) et opéré un tri drastique. «Nous avons lu les titres et extraits de tous ces articles, et nous sommes arrivés à 29 articles qui répondaient à nos critères d’inclusion, à savoir qu’ils traitaient de la mortalité des patients hospitalisés sous hydroxychloroquine., même en association avec l’azithromycine, par rapport aux groupes témoins “, détails Thibault Fiolet.

Parmi ces 29 études, 25, dites «observationnelles», observent rétrospectivement les effets d’un traitement sur un échantillon de patients. Trois concernent des essais cliniques contrôlés randomisés (dont Recovery, au Royaume-Uni) qui testent un médicament sur un groupe de patients composé pour l’occasion. Enfin, un autre se concentre sur un essai non randomisé. L’analyse porte sur un total de 11 932 patients sous hydroxychloroquine uniquement, 8 081 sous hydroxychloroquine et azithromycine et 12 930 dans le groupe témoin.

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Quelles sont ses conclusions?

L’analyse de l’ensemble des études montre que la mortalité des patients hospitalisés sous hydroxychloroquine est plus faible (-17%) que dans les groupes témoins. Mais si l’on se concentre sur les études randomisées, la mortalité des patients sous hydroxychloroquine est légèrement supérieure (+ 9%) à celle des personnes du groupe témoin.

Thibault Fiolet souligne que ces deux résultats “ne sont pas statistiquement significatifs”, en tenant compte de leur trop faible écart par rapport à la valeur de référence. Ces observations les amènent donc à conclure que la seule prise deL’hydroxychloroquine n’a pas d’effet notable sur la mortalité des patients: elle ne l’augmente certainement pas, mais elle ne la diminue pas non plus.

La méta-analyse confirme cependant l’effet délétère d’un traitement associant hydroxychloroquine et azithromycine. Ceci est associé à un risque de mortalité 27% plus élevé chez les patients traités par rapport au groupe témoin.

Ces résultats sont-ils surprenants?

Les chercheurs soulignent que leurs conclusions “confirment les résultats préliminaires de plusieurs études observationnelles qui ont montré que l’association d’hydroxychloroquine et d’azithromycine pouvait augmenter le risque d’événements cardiovasculaires aigus et potentiellement mortels”. À partir d’avril, leAgence française du médicament (ANSM) a en effet mis en garde contre les risques cardiaques liés à cette association.

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En vue de “grand nombre d’études évaluant l’hydroxychloroquine seule ou en association” et les conclusions de leur méta-analyse sur ces travaux, les auteurs estiment “peu probable à ce stade que l’efficacité émerge un jour” traitement contre Covid-19 à base d’hydroxychloroquine. Et les chercheurs décident: “Nos résultats suggèrent qu’il n’y a pas besoin de nouvelles études évaluant ces molécules.” Les grands essais cliniques randomisés (Solidarité, menée par l’Organisation Mondiale de la Santé, et Discovery, au niveau européen) ont tous deux arrêté leurs recherches sur l’hydroxychloroquine, compte tenu des premiers résultats non concluants.

Les résultats provisoires de Solidarité ne fournissent certainement pas “aucune preuve solide d’une mortalité accrue” patients sous l’hydroxychloroquine par rapport aux groupes témoins, mais surtout ils montrent que l’hydroxychloroquine ne cause que “peu ou pas de réduction de la mortalité des patients hospitalisés Covid-19, par rapport aux soins standard”, a écrit l’OMS en juillet, justifiant sa décision.

Que nous dit cette étude sur la recherche sur Covid-19?

Une méta-analyse permet de se faire une idée précise de l’état des connaissances scientifiques produites par les chercheurs sur un sujet. “Un des intérêts est de prendre en compte toutes les études produites sur un sujet. Ceux pour, comme ceux contre”, souligne Thibault Fiolet. Mais une méta-analyse consiste également à évaluer la qualité des études réalisées, à l’aide d’outils statistiques. Cela donne l’opportunité “pour les classer les uns par rapport aux autres et voir lesquels sont les plus solides”, commente le chercheur.

À cette fin, les chercheurs scrutent les «biais» des études. “L’un des plus courants survient lorsque le groupe de traitement et le groupe témoin ne sont pas comparables. Par exemple, lorsque les patients du groupe témoin sont plus âgés que ceux sous traitement.”, et donc plus susceptibles de développer une forme grave voire mortelle de la maladie. «Ou lorsqu’ils reçoivent des traitements autres que celui étudié. Dans ce cas, ce déséquilibre est un facteur de confusion: on ne sait pas vraiment si le résultat est dû au déséquilibre entre les deux groupes ou non», Souligné Thibault Fiolet.

“Nous notons que les études observationnelles sont de moindre qualité [que les essais randomisés], et avec différents groupes concernant les facteurs de risque et de gravité, donc avec biais “, résume Nathan Peiffer-Smadja, doctorant en santé publique à l’Imperial College de Londres, affilié à l’Inserm, et co-auteur de l’étude. «On observe une forte tendance à avoir des groupes témoins dans lesquels l’état de santé des patients est plus sévère que le groupe traité, comme c’est le cas dans les études de l’IHU de Marseille. Il y a plus d’hommes., Plus de patients âgés, plus de comorbidités, etc. “

“Le deuxième biais rencontré est celui des études observationnelles” positives “(celles qui montrent un effet), qui ont un biais de publication favorable”, continue Nathan Peiffer-Smadja, commentant: Il est plus facile de publier quelque chose qui suggère un effet du traitement que quelque chose qui ne montre aucun effet. “ Les études présentant des biais trop importants, dits «critiques», ont été exclues. Le travail de l’équipe de Didier Raoult à l’IHU de Marseille a ainsi été mis de côté. “Si nous combinons des études avec de nombreux biais, nous avons inévitablement un résultat biaisé”, note Thibault Fiolet.

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Dans l’ensemble, ce que nous avons constaté, et ce qui est très intéressant, c’est que plus les études étaient bonnes, plus il était clair que l’hydroxychloroquine était inefficace.Nathan Peiffer-Smadja, co-auteur de l’étudevers franceinfo

Dominique Costagliola, directeur de recherche à l’Inserm et membre de l’Académie des sciences, salue le sérieux des travaux menés. «Ils expliquent clairement leur stratégie de recherche et les grilles qu’ils utilisent pour évaluer le risque de biais dans les études. Il s’agit de la méthodologie Cochrane, reconnue pour faire ce type d’étude. Ils ont déposé leur protocole comme il se doit. Ils n’incluent pas les études à risque de biais critique, ce qui est recommandé. Mais en annexe, nous avons toujours les résultats qui sont obtenus si nous intégrons ces études. Nous avons vraiment tout ce dont nous avons besoin pour pouvoir juger de la pertinence de ce qui est fait et des résultats. “

“Vous pouvez certainement voir que les études observationnelles bien faites ne trouvent pas les choses très différentes des essais cliniques.”, note-t-elle. A l’inverse, note l’épidémiologiste, “quand nous avons des études avec des biais critiques, nous trouvons des choses plus favorables, et c’est le problème.”

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