“Notre société est prête à sacrifier une partie de sa liberté et de sa sécurité à l’un de ses membres.”

Sophie Pétronin, publié ce jeudi: une victoire diplomatique pour la France? – – / AP / SIPA

  • Ce jeudi, Sophie Pétronin, arrêtée par un groupe armé au Mali depuis décembre 2016, a été libérée.
  • Une victoire diplomatique qui pourrait être qualifiée «en échange» par la libération d’une centaine de jihadistes par les autorités maliennes.
  • Pour Etienne Dignat, spécialiste de la prise d’otages, la libération de Sophie Pétronin reste un succès indéniable, à la fois diplomatique et populaire, malgré ces coûts élevés.

Il y a eu l’euphorie d’une sortie attendue depuis des années, le cri déchirant d’un fils qui retrouve sa mère sur le tarmac de l’aéroport, et un peu de baume cardiaque en 2021. Près de quatre ans plus tard, son enlèvement le 24 décembre 2016 un groupe armé à Gao (Mali) tout en dirigeant une organisation humanitaire dans la ville,
Sophie Pétronin était de nouveau libre ce jeudi.

Mais après la joie de l’annonce, la question se pose: à quel prix et pour quelles conséquences à moyen et long terme pour la France dans la zone sahélienne? La libération de Sophie Pétronin, Soumaïla Cissé et deux otages italiens était en échange de la libération d’une centaine Djihadistes du gouvernement malien. Est-ce pour cela que nous pouvons parler?
une victoire diplomatique ? Etienne Dignat, enseignant à Science Po Paris, spécialiste de la prise d’otages et auteur d’un article sur les otages, fait le point sur l’opération.

Pour le moment, l’heure est encore à l’euphorie, mais la libération massive des jihadistes qui a rendu cet échange possible peut-elle vraiment être perçue comme une victoire sur le terrain?

Il est important que ce moment de l’union nationale envers Sophie Petronin et ses proches soit respecté. Quant au sol, il faut rappeler que c’est l’Etat malien qui a libéré ces djihadistes pour obtenir la libération de Soumaïla Cissé, figure de proue de la vie politique du pays. L’échange aurait eu lieu d’une manière ou d’une autre et aurait été une victoire s’il avait suscité des acclamations comme hier soir. En général, c’est aussi une forme classique d’interaction belligérante. La France est plus habituée aux paiements de rançons, qui complètent parfois les échanges.

L’armée française risque-t-elle de payer le prix de cet échange là-bas?

Toute concession comporte le risque de renforcer l’ennemi. L’argument est régulièrement évoqué par les partisans d’une position ferme sur les otages. Cependant, l’expérience et les études antérieures sur le sujet montrent que l’impact de ces échanges est souvent faible et dépend de l’identité des jihadistes, de leurs rôles respectifs et des conditions dans lesquelles ils sont libérés. Même si la situation est difficile à stabiliser, L’armée française a remporté des succès tactiques au Mali et l’équilibre général des pouvoirs doit rester inchangé.

Peut-on supposer qu’Emmanuel Macron a remporté une victoire diplomatique?

La sortie de Sophie Pétronin est certainement une victoire pour Emmanuel Macron. Une publication est en soi un succès diplomatique car elle démontre une connaissance approfondie du sujet et la capacité de mener des négociations extrêmement complexes. Dans le cas présent, la France a su aborder les bons interlocuteurs et mobiliser ses alliés maliens pour mener ensemble l’échange. Cependant, je suis toujours perplexe sur le rituel très français de l’accueil des otages à l’aéroport de Villacoublay. Cette instrumentalisation tend à personnaliser la gestion de ces affaires autour de la figure du président de la République et envoie un mauvais signal aux ravisseurs.

La libération de Sophie Petronin est-elle conforme à une doctrine diplomatique française?

L’enseignement pertinent Otages reste très ambigu. Officiellement, la France ne cède pas. Cependant, les faits tendent à prouver le contraire, conformément à l’idée que le pays n’abandonnera jamais le sien. Dans le cas présent, des concessions ont été faites, mais tout est fait pour cacher l’implication française. C’est l’Etat malien qui a conduit l’échange, et aucune rançon n’a été mentionnée, ce que les déclarations de personnes proches du dossier semblent nier.

Le contexte du coronavirus et de la pandémie mondiale peut-il affecter la perception qu’aura l’opinion publique de la libération et du sauvetage d’une vie française?

La crise sanitaireN’a fait que renforcer les liens avec le caractère sacré de la vie humaine dans les sociétés occidentales et le rôle de l’État dans la gestion de la vie de ses citoyens. La libération de Sophie Petronin ne fait que confirmer la volonté de notre société de sacrifier une partie de sa liberté, de sa sécurité ou de ses ressources à l’un de ses membres. Un rapide calcul permet d’esquisser un parallèle: le gouvernement estime que la restriction a causé la perte de 120 milliards d’euros et qu’elle aurait sauvé 60 000 vies, soit deux millions d’euros pour chaque vie sauvée. Une somme qui se rapproche finalement de la rançon généralement requise pour la libération d’un otage.



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