Le Portugal, nouvel épicentre de l’affrontement entre les États-Unis et la Chine

Washington voit mal les investissements de l’Empire du Milieu dans le pays européen et surtout les ports stratégiques de Sines.

Dans leur guerre commerciale totale contre la Chine, les États-Unis exercent une pression amicale sur leurs partenaires européens pour qu’ils appliquent leur stratégie, comme ils l’ont fait avec le boycott du fournisseur de télécommunications chinois Huawei.

L’administration Trump entend également cibler des pays un peu trop ouverts aux investissements chinois. C’est le cas au Portugal.

Il faut dire que l’Empire du Milieu investit très massif dans le pays depuis plusieurs années. Après l’éclatement de la crise financière mondiale en 2008, pour bénéficier de l’aide internationale, le Portugal a dû privatiser des pans entiers de son économie comme l’énergie. Des privatisations qui ont attiré les investisseurs chinois.

Des investissements de 10 milliards d’euros

La société énergétique chinoise China Three Gorges a repris les 21% de l’Etat dans les TI (société de production d’électricité), la plus grande entreprise portugaise. Dans le secteur de l’assurance, Fosun contrôle Fidelidade, premier assureur du pays, depuis 2014. Dans la banque, le même Fosun détient 27% de BCP, la plus grande institution bancaire du pays. Il existe encore de nombreux exemples.

Globalement, les investissements chinois au Portugal il y a un an étaient estimés à environ 10 milliards d’euros, soit environ 3% du PIB.

Cette forte présence chinoise n’avait pas particulièrement ému les États-Unis, mais avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et l’établissement de sa guerre commerciale avec la Chine, les choses ont évidemment changé.

Lorsque la Chine des Trois Gorges a tenté (mais a finalement échoué) de prendre le contrôle total de l’informatique, les États-Unis ont manifesté leur désapprobation par la voix de l’ambassadeur américain à Lisbonne dénonçant une dépendance du Portugal à Pékin.

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Les États-Unis donnent le ton

Cependant, la tension s’est intensifiée après que le gouvernement portugais a annoncé l’année dernière qu’il construirait un nouveau terminal à conteneurs dans le port de Sines, à environ 100 kilomètres au sud de Lisbonne, d’ici 2024.

La ministre portugaise des Affaires maritimes, Ana Paula Vitorino, a alors exhorté les entreprises chinoises à investir dans des concessions pour faire de ce port un élément central de l’actualité. “Routes de la soie“” mis en œuvre par Pékin. L’appel d’offres a finalement débuté en octobre dernier et les États-Unis montrent désormais clairement la voie.

Dans une interview publiée le samedi de la semaine ExpressGeorge Glass, l’ambassadeur américain au Portugal, appelle Lisbonne à “faire un choix” entre les deux puissances mondiales.

Il rappelle que le port de Sines est “incroyablement stratégique” pour les Etats-Unis car c’est le port européen en eau profonde le plus proche du territoire américain.

“J’espère vraiment que Sines ne va pas aux Chinois (…). Cela ne peut pas arriver”, a souligné George Glass, précisant que cette infrastructure, qui a reçu les premiers envois de gaz naturel liquéfié américain en 2016, va au Portugal. au “hub gazier et centre de sécurité énergétique européenne”.

Portugal inflexible pour le moment

“Nous voulons qu’une entreprise occidentale exploite et construise le terminal”, a ajouté l’ambassadeur, expliquant qu’aucune entreprise n’exploite des ports étrangers aux États-Unis.

George Glass a finalement admis dans une interview que le Portugal était l’un des fronts du “champ de bataille européen entre les États-Unis et la Chine”. Le gouvernement portugais souverain a immédiatement répondu aux propos de l’ambassadeur américain par la voix de son ministre des Affaires étrangères. “Au Portugal, ce sont les autorités portugaises qui prennent les décisions dans l’intérêt du pays”, a déclaré Augusto Santos Silvada dans un communiqué à l’agence Lusa.

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Il faut dire aussi que le Portugal entretient des relations bilatérales et privilégiées avec la Chine depuis 1557, notamment à travers le contrôle du territoire de Macao, qui a finalement été cédé à Pékin en 1999.

Olivier Chicheportiche avec l’AFP

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