Société: Le « Homeschooling » ou l’école livrée à domicile !

Depuis une petite dizaine d’années, pour une quantité croissante d’enfants, la classe, c’est papa et/ou maman. L’école à la maison séduit de plus en plus de parents, pour qui l’instruction devient une affaire familiale.

Si la tendance « Homeschooling » a fait son apparition en Amérique, où on compte actuellement plus de 2 millions d’élevés, dès les années 1980, elle engrange désormais des adeptes au Maroc.

L’école à la maison fait partie de ces nouvelles méthodes dites alternatives proposées comme « solutions » face aux différents problèmes du système scolaire classique public ou privé. L’idée du Homeschooling est simple : Permettre à l’enfant d’étudier un programme scolaire officiel, à son rythme et à la maison sous l’encadrement de ses parents et/ou d’éventuels intervenants extérieurs.

Ghita, mère d’un enfant de 9 ans, a décidé de prendre les commandes de l’éducation de son petit. « J’ai fait ce choix pour offrir à mon fils une éducation qui respecte son rythme d’enfant, notamment le rythme d’apprentissage, mais aussi celui du sommeil et surtout lui consacrer tout le temps nécessaire pour jouer et découvrir », explique-t-elle.

« Au départ, je n’avais jamais envisagé cette alternative. Elle m’a toujours fait un peu peur et je ne pensais pas en être capable, mais je ne pouvais pas supporter de trimballer mon petit dans les conduites et de le presser chaque matin, à partir d’un âge précoce, pour aller à l’école”, confie la maman.

Pour sa part, Said, chef d’entreprise à Casablanca, le Homeschooling était la solution pour garantir un enseignement de bonne qualité à sa fille de 10 ans à cause de ses multiples et fréquents déplacements professionnels au Maroc et à l’étranger. “Je me suis retrouvé dans une situation qui, à mon sens, ne m’a pas laissé le choix”, souligne-t-il, précisant que la contrainte géographique était la raison derrière sa décision qui ne l’a quand même pas déçue.

Homeschooling: Plus de savoir-faire que de savoir

« On s’est rendu compte que l’enfant apprend beaucoup plus de ce qu’il fait, de ce qu’il manipule, des expériences, plutôt que de ce qu’il entend et de ce qu’il lit », ajoute l’épouse de Saïd, notant qu’en plus de la contrainte du travail de son mari, elle cherchait également à inculquer à sa petite plus de savoir-faire que de savoir.

« Le Homeschooling est un projet courageux et bien ambitieux qui peut présenter un mode d’apprentissage riche et intéressant pour l’enfant si il est soigneusement étudié en prenant en compte un certain nombre de précautions avant sa mise en place », déclare Hicham Chalabi, directeur-fondateur de Coaching-Scolaire Maroc.

Selon lui, plusieurs familles commencent à s’intéresser à cette nouvelle méthode d’enseignement qui offre la possibilité d’accéder à des enseignements chers et très sélectifs. Par exemple, pour suivre le programme de la “mission française” à moindre coût, les familles peuvent opter pour une formation à distance avec le CNED (Centre national d’enseignement à distance reconnu par l’état français) tout en assurant en parallèle une éducation à la maison pour leur enfant. Pour des cours de niveau cycles élémentaires au collège, il faut en effet compter moins de 500 euros, contre près de 50.000 dirhams pour une inscription en mission française au Maroc. Un apprentissage personnalisé

Cet engouement s’explique également par plusieurs facteurs d’ordre éducatif. En effet, le Homeschooling permet la personnalisation de l’apprentissage. Une instruction à la maison permettra d’adapter le contenu pédagogique au rythme de l’enfant, à ses capacités et surtout à ses désirs et préférences. L’enfant peut choisir de faire de l’histoire ou du dessin avant de passer à l’exercice de calcul mental, chose que l’école n’autorise pas évidemment avec un emploi du temps préétabli et à respecter par toute la classe, explique le responsable pédagogique, M. Chalabi.

Les espaces d’apprentissage sont également élargis et dépassent les murs de l’école. Les « Homeschoolers » peuvent utiliser plusieurs espaces pour apprendre en profitant des sorties en musées, théâtres, zoo, festival, exposition et voyage touristique où chaque lieu sera l’occasion de découvrir concrètement des objets, concepts et cultures différentes. L’enfant « non-scolarisé » subit également moins de pression et de stress. Certes il est mené à passer des examens s’il veut avoir son diplôme mais il aura beaucoup moins de stress en absence de compétition avec les paires, ce qui lui permettra de mieux vivre son apprentissage en développant le plaisir d’apprendre pour apprendre et renforcer sa motivation interne.

Pas de pédagogie et peu de socialisation, des risques pour l’enfant

Mais bien sûr, rien n’est jamais tout rose ! Les détracteurs de ce mode de vie alternatif lui reprochent nombre d’inconvénients, notamment l’absence de qualification pédagogique chez les parents ainsi que le manque de socialisation. Un enfant qui n’est pas scolarisé à l’école, ne peut pas avoir une vie sociale « normale » d’où la nécessité de multiplier et diversifier les rencontres et les activités pour développer les compétences relationnelles de l’enfant.

Le Homeschooling prive également le petit de l’expérience de l’adversité. Certes, la concurrence entre les élèves nourrit une pression au tout petit mais elle contribue au développement de sa maturité et le prépare à l’âge adulte. Pour pallier à ces défaillances, les familles qui décident de prendre l’enseignement de leurs enfants en main, doivent être assez attentionnées et organisées dans l’encadrement de leur progéniture, met en garde M. Chalabi.

Elles doivent, en effet, clarifier et partager leur vision globale sur ce projet d’instruction, mettre en place un programme claire et bien organisé pour le temps d’éducation et rester toujours souple et à l’écoute des besoins de leur enfant. Les parents des Homeschoolers sont aussi dans l’obligation de développer leurs capacités pédagogiques en suivant des formations spécifiques, s’entourer d’autres familles logées sous la même enseigne afin d’échanger autour des méthodes et outils et aussi des difficultés rencontrées et surtout ne pas hésiter à demander l’aide des professionnels en cas de besoin, conclut-il. Homeschooling ne veut pas dire déscolarisation

L’école peut être jugée, par certain, « dangereuse » , « trop sélective » et « ennuyeuse » ou « trop laxiste ». Quand les attentes se singularisent de la sorte, l’institution, forcément généraliste, ne peut répondre à toutes. D’où l’option choisie par certains parents: L’instruction à domicile, sans schéma unique.

Et à la maison, pas de schéma non plus ? Il y en aurait deux types, dixit Olivier Maulini, chercheur dans le domaine « Analyse du métier d’enseignant ». Le « modèle conservateur », où la mère au foyer s’occupe de l’éducation en faisant appel à des livres et autres cahiers encadrant de près les apprentissages. Et la voie « progressiste », à fonctionnement alternatif, où le père et la mère accompagnent les enfants dans des jeux, conversations, sorties et autres activités culturelles dont découlent les apprentissages formels. La langue anglaise distingue d’ailleurs clairement ces deux approches, avec le mot « homeschooling » pour « école à la maison » et « unschooling » pour « déscolarisation ». Homeschooling ou unschooling, de nouveaux courants progressistes d’enseignement qui font surface pour offrir une meilleure éducation à sa progéniture, mais qui font réfléchir à la place de l’école, stigmatisée ces dernières années dans le monde entier pour ses rituels et rythmes classiques ne s’adaptant pas aux besoins d’une nouvelle catégorie de parents élitistes.

Hajar ERRAJI / map

Inscrivez-vous à notre newsletter
Avec la newsletter quotidienne du Lalettre.ma, recevez par email les infos les plus importantes et les meilleurs articles du jour.
Vous pouvez vous désinscrire à tout moment.
Lire aussi