Le nouveau modèle de développement du Maroc au coeur d’un débat à Sciences Po-Paris

Une rencontre-débat autour du nouveau modèle de développement du Maroc a réuni, lundi soir, au siège de Sciences Po-Paris, d’éminentes personnalités marocaines et françaises de différents cieux venus croiser leurs points de vue sur ce modèle voulu par le Royaume pour promouvoir sa marche vers le progrès et la prospérité.

Différents intervenants se sont ainsi penchés, tour à tour, sur les approches devant favoriser l’articulation d’une réflexion commune à ce sujet et permettre de tracer le cadre d’une action efficace et cohérente visant une émergence économique plus forte et plus durable mais aussi d’un modèle de développement social plus inclusif.

Après avoir passé en revue les réformes menées par le Maroc dans différents secteurs d’activité pour l’insertion du pays dans l’économie mondiale, l’amélioration du climat des affaires, l’instauration des conditions propices aux investissements, la mise en place d’infrastructures de grande envergure, mais aussi les réformes politiques et sociétales, les intervenants ont apporté de nouveaux éclairages qui ont permis à l’assistance de mieux appréhender les défis figurant au centre du nouveau modèle de développement marocain.

Lors d’une table ronde organisée à cette occasion sous le thème : «Vers un nouveau modèle de développement au Maroc ? », Mme Mounia Boucetta, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération Internationale, s’est félicitée que ce débat puisse contribuer à apporter un regard croisé sur ce nouveau modèle de développement, vu la diversité des champs d’action des différents intervenants.

Si le modèle de développement dépend de plusieurs paramètres, à savoir le projet sociétal, le modèle économique, le capital humain et les dynamiques territoriales, le positionnement international en constitue également un élément important, a-t-elle observé en évoquant la complexité de l’ordre mondial actuel qui est «marqué par la succession et l’accélération des événements et des changements, mais également par l’émergence de nouveaux acteurs et par un recul visible du multilatéralisme». «Un ordre mondial hyperinterconnecté, créant des interférences et des effets de propagation multiples, un ordre mondial totalement exposé à des risques multiformes et transfrontaliers», a expliqué la secrétaire d’état.

Mme Boucetta a souligné, dans ce cadre, que conformément aux hautes orientations royales, la diplomatie marocaine se base sur plusieurs fondamentaux, à savoir défendre les intérêts nationaux, assurer un leadership africain basé sur une solidarité agissante et un partenariat mutuellement bénéfique, consolider les partenariats historiques tout en s’ouvrant sur de nouveaux partenaires.

Ces fondamentaux consistent aussi à continuer à assurer un rôle responsable dans la Région en faveur de la paix et la sécurité, à s’impliquer et apporter une contribution effective aux questions globales d’intérêt international: climat, paix et sécurité, migration et à impliquer et mobiliser la diaspora marocaine, a-t-elle affirmé.

La responsable marocaine s’est réjouie, dans une déclaration à l’agence MAP, que ce débat puisse se tenir en présence de nombreux membres de la diaspora marocaine, ce qui constitue une excellente occasion pour l’enrichir, en permettant aux compétences marocaines d’apporter leurs contributions concrètes.

Introduisant cette rencontre-débat organisée conjointement par l’Association des anciens élèves de l’Ecole Mohammadia des ingénieurs AIEM-Europe, l’ambassade du Maroc en France et l’Institut Sciences Po, l’ambassadeur du Maroc en France, M. Chakib Benmoussa a rappelé les réalisations accomplies par le Maroc sur la voie de son développement au cours des dernières décennies.

Il a ainsi affirmé que dès le début des années 2000, l’ambition affichée au plus haut sommet de l’Etat par SM le Roi Mohammed VI est celle d’un Maroc qui ambitionne de rejoindre le cercle des pays émergents, notant que cette aspiration s’est traduite par le lancement d’une dynamique de progrès marquée par une succession de réformes dans différents domaines.

Le diplomate a ainsi évoqué les réformes structurelles, qui s’inscrivent dans une vision de long terme même si elles sont progressives dans leur mise en oeuvre, des réformes qui sont globales et inclusives, dans le sens où elles touchent simultanément de nombreux domaines et font l’objet de larges débats publics avant leur adoption.

Ces réformes tout azimut aux niveaux politique, économique, social et environnemental, a souligné M. Benmoussa, sont accompagnés par un engagement responsable du Maroc à l’international sur les sujets de sécurité et la lutte contre le terrorisme, de migration, de lutte contre les changements climatiques, de solidarité et de coopération sud-sud, particulièrement en Afrique, ou de dialogue des cultures et des religions, comme en témoigne la dernière visite du Pape François au Maroc à l’invitation de SM le Roi.

Malgré ces réalisations et les acquis qui ont contribué à transformer le Maroc, il est admis que le modèle actuel de développement s’essouffle, a fait observer M. Benmoussa en notant que la croissance économique reste insuffisante, le chômage demeure élevé, particulièrement pour les jeunes, les inégalités qu’elles soient sociales ou territoriales sont élevées et les systèmes de santé et d’éducation-formation ne répondent pas aux attentes de la population.

L’ambassadeur a rappelé à ce propos qu’en octobre 2017, SM le Roi Mohammed VI avait, lors du discours d’ouverture de la session parlementaire d’automne, appelé à l’adoption d’un nouveau modèle de développement, «équilibré et équitable, garant de la dignité de tous, générateur de revenus et d’emplois».

Intervenant dans le même cadre, M. Mohamed Kabbaj, ancien conseiller de SM le Roi, ex-ministre de l’économie et des finances et chancelier de l’Université euro-méditerranéenne de Fès, a observé qu’en dépit des performances réalisées par l’économie marocaine lors des 20 dernières années et qui ont permis d’améliorer plusieurs indicateurs économiques et sociaux, la croissance ne décolle pas et «reste molle».

Pour M. Kabbaj, cette situation est due en grande partie à la faiblesse de l’exportation. La croissance doit être basée sur la capacité d’exporter et sur la compétitivité des produits nationaux, a-t-il estimé en mettant également en cause le faible taux d’activité, le manque de performances en matière d’éducation et de santé ainsi que les inégalités sociales et territoriales.

Il est nécessaire de reprendre entièrement le schéma social et le concevoir différemment, a-t-il affirmé en mettant l’accent sur l’importance d’instaurer un climat de confiance en mettant notamment en valeur les efforts entrepris par le pays.

Prenant la parole dans le cadre de la table ronde, M. Khalid Safir, Directeur Général des Collectivités Locales au ministère de l’Intérieur, a souligné, pour sa part, le rôle moteur que pourraient jouer les collectivités territoriales dans la mise en oeuvre de ce modèle, rappelant que la constitution de 2011 a fait des collectivités locales un acteur majeur à plusieurs niveaux.

Il a évoqué à cet égard le rôle des entités territoriales dans le renforcement de la démocratie locale, la déconcentration administrative, la mise en place de mécanismes de dialogue et les plans de développement intégrés.

D’autres intervenants dont MM. Fouad Benseddik, Directeur des méthodes et des relations Institutionnelles à l’Agence de notation Vigeo Eiris International et membre du Conseil Economique, Social et Environnemental et Larbi Jaidi, professeur-chercheur à l’Université Mohammed V de Rabat, se sont attardés sur la manière de transiter d’un modèle de croissance à un modèle de développement ainsi que sur les défis du capital humain, de la durabilité et de la gouvernance responsable.

Ils ont mis l’accent à cet égard sur la nécessité de repenser certains indicateurs tels l’emploi des jeunes, le taux d’activité des femmes, la lenteur dans la mise en oeuvre des réformes, les inégalités sociales et territoriales et certains dysfonctionnements institutionnels.

Les intervenants ont plaidé aussi pour une meilleure convergence des politiques publiques, dotées de visions cohérentes et claires.

De leur côté M. Sarrat de Tramezaigue, Directeur exécutif du département d’économie à Sciences Po et Mme Claire Charbit de l’OCDE ont passé en revue les indicateurs macro-économiques et micro-économiques mais aussi les défaillances en matière d’investissements publics, les changements démographiques et climatiques.

Ils ont à leur tour appelé à la mise en place de politiques intégrées, plus proactives et plus cohérentes.

Le président de l’Association Mohammedia d’ingénieurs AIEM-Europe, M. Mohamed Amraoui avait auparavant émis l’espoir de voir cette conférence contribuer à mettre en lumière les bases pratiques devant présider à l’élaboration de ce nouveau modèle de développement. Il a souhaité également que la diaspora marocaine, porteuse de projets de qualité, puisse contribuer à l’émergence de ce nouveau modèle de développement grâce à son savoir-faire et ses compétences avérées.

La Directrice des affaires internationales de SciencesPo exécutive éducation, Mme Vanessa Scherrer, s’est pour sa part réjouie des liens privilégiés qui existent entre le Maroc et ce prestigieux institut d’études politiques crée il y a 160 ans et auprès duquel s’inscrivent de nombreux étudiants marocains chaque année. Ces derniers constituent le plus grand contingent d’étudiants en provenance du continent africain, a-t-elle indiqué.

Mme Scherrer, qui a également salué le rôle joué par le Réseau des anciens élèves de l’Institut pour le renforcement de ces liens, a formé le vœu d’aller encore plus loin dans ces relations en développant davantage les partenariats divers conclus avec des Universités et Ecoles marocaines.

A l’issue de cette table ronde, modérée par M. Richard Balme, professeur des universités à Sciences Po, un débat fructueux a été engagé avec l’assistance nombreuse qui a afflué pour la circonstance au siège de l’Institut et qui était constituée de chercheurs, d’universitaires, de journalistes, de membres de la diaspora marocaine et d’étudiants.

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