Retrait de Bouteflika: Après l’euphorie, le doute s’empare des algériens

Après l’euphorie, le doute. Les Algériens s’interrogeaient mardi sur le report de la présidentielle d’avril qui prolonge de facto le mandat du président Abdelaziz Bouteflika, cible d’une contestation inédite en 20 ans de pouvoir.

Si le président a annoncé lundi qu’il ne briguerait pas un 5e mandat, comme le lui réclamaient des millions de manifestants, il a toutefois assuré rester en poste jusqu’à la présidentielle reportée à une date qui demeure inconnue. Il prolonge ainsi son 4e mandat, devenu l’enjeu de la poursuite des manifestation selon des opposants.

« Il annule la présidentielle mais reste au pouvoir: la dernière ruse de Bouteflika », titrait en « une » l’influent quotidien El Watan.

Pour Ali Benflis, ancien Premier ministre de Bouteflika passé à l’opposition, « l’allongement du 4e mandat est une agression contre la Constitution par les forces non constitutionnelles », faisant ainsi clairement allusion à Said Bouteflika, frère et conseiller spécial du président considéré comme le vrai chef de l’Etat.

Ces forces « se sont emparées des centres de décision », a dénoncé dans une vidéo postée sur le web M. Benflis qui a créé en 2014 le parti Avant-garde des libertés.

L’annonce faite par le chef de l’Etat dans un message à la Nation publié par l’agence officielle a d’abord été saluée par un concert ininterrompu de klaxons dans le centre d’Alger, déserté par la police, pourtant largement déployée durant la journée.

Mais la joie a progressivement cédé la place au doute quand les Algériens ont commencé à découvrir les détails du plan proposé par Bouteflika dont le mandat s’achève le 28 avril.

« Il n’y aura pas de cinquième mandat » et « il n’y aura pas d’élection présidentielle le 18 avril prochain », a annoncé le président, au lendemain de son retour en Algérie, après deux semaines d’hospitalisation en Suisse officiellement pour des « examens médicaux ».

La prochaine présidentielle « aura lieu dans le prolongement de la conférence nationale inclusive et indépendante, représentative de la société algérienne », qui « devra s’efforcer de compléter son mandat avant la fin de l’année 2019 », poursuit le chef de l’Etat.

Cette conférence fixera la date de la prochaine présidentielle, « à laquelle je ne serai en aucun cas candidat », assure-t-il.

En s’engageant « à remettre les charges et les prérogatives de président de la République au successeur que le peuple algérien aura librement élu », M. Bouteflika fait savoir qu’il restera en fonctions au-delà de l’expiration de son mandat le 28 avril 2019 et ce jusqu’à ce que un nouveau président sorte des urnes.

Aucun texte – Constitution ou loi – n’est invoqué dans le message de M. Bouteflika pour reporter la présidentielle. Pour la spécialiste de droit constitutionnel Fatiha Benabou, professeur à l’Université d’Alger, « il n’y a pas de base légale pour reporter les élections. En cas de crise politique, la Constitution algérienne est partiellement ineffective ».

Lalettre.ma avec afp

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