Billet : La subtile leçon algérienne – par Anass Benaddi

Les images de ces algériens dans la rue forcent l’admiration et le respect. Ils sont descendus comme un seul homme avec style et panache, dans la posture pacifique d’un grand peuple sûr de ces choix, confiant en son destin, résolument déterminé à en finir avec une baronnie outrancièrement prédatrice, au pouvoir depuis plus d’un demi-siècle.

Le simplisme peut laisser croire que le peuple algérien voudrait exprimer son ras-le-bol vis à vis d’un seul : le président Abdelaziz Bouteflika ! C’est ce que nous disent quelques banderoles et pancartes exprimant dans des termes bien clairs, mais tout aussi fins et amusants, dans la pure tradition humoristique algérienne, ce que les manifestants pensent d’une cinquième cohabitation avec « un fantôme », un « jinn » dont ils entendraient volontiers parler, mais qu’ils ne peuvent jamais voir !

Le croire serait l’insulte de trop pour un peuple qui donne actuellement au monde une subtile leçon d’intelligence…

Les manifestations en Algérie sont clairement dirigées contre un establishment politico-militaire qui n’a jamais su, ou voulu, cacher sa véritable nature. Un système vorace, exclusivement rompu à la rente et aux commissionnements.

Depuis le boom substantiel des cours pétroliers survenus au lendemain des attentats du 11 septembre, le sommet du pouvoir algérien est occupé sans partage par une oligarchie locale dont les conditions d’existence et de subsistance ont été largement mises en place par le président Bouteflika et son clan.

Une horde d’officiers supérieurs et leurs hommes de pailles qui ont grassement profité des 1000 milliards de dollars de recettes pétrolières engrangés par l’état sur plus d’une décennie et qui s’étend de 2002 à 2013, pour être un peu plus factuel.

Cependant, tout en résistant à la tentation complotiste, une interrogation s’invite d’elle-même au cœur de cette réflexion. Nous savons, qu’en Algérie, un état policier et militaire par excellence, avec tout ce que cela suppose comme capacité de maîtrise des expressions populaires, les manifestations sont clairement interdites depuis 1999 – date d’arrivée au pouvoir de Abdelaziz Bouteflika- !

Il serait absolument loufoque et irresponsable d’affirmer que les manifestants du 22 février puissent-être manipulés par une partie quelconque. Par contre, oser croire qu’il y a récupération par une frange mécontente du système ne serait pas totalement faux.

Il existe en effet en Algérie, comme dans les autres pays de la région, des mécontents dans les arcanes du pouvoir. Des exclus du jeu, qui ne supportent plus de rester sur la touche. En finir avec Bouteflika et son clan est donc une première étape à franchir pour changer la donne.

C’est aujourd’hui chose faite. Nous venons d’apprendre que le président sortant ne briguera pas de cinquième mandat, mais qu’en même temps le scrutin du 18 avril sera reporté à une date ultérieure. Probablement pour lui trouver un remplaçant de dernière minute, plus digest, plus « vivant » ? Fort probable.

Mais à l’heure qu’il est, l’homme providentiel se fait toujours désirer. Et s’il devait exister, les algériens n’auraient jamais eu à entendre parler d’un invraisemblable cinquième mandat de Boutef ‘ !

Mais seraient-ils restés chez eux pour autant ? Rien n’est moins sûr.

Les algériennes et les algériens, exaspérés par une dictature qui aura réinventé le concept même de l’indécence, aspirent désormais à un véritable projet de société porté par un nouveau contrat social authentique, inclusif et résolument algérien…La providence n’a plus son mot à dire cette fois-ci !

Anass Benaddi

Inscrivez-vous à notre newsletter
Avec la newsletter quotidienne du Lalettre.ma, recevez par email les infos les plus importantes et les meilleurs articles du jour.
Vous pouvez vous désinscrire à tout moment.
Lire aussi