Le gouvernement Macron dans une course contre la montre pour apaiser les gilets jaunes

Le gouvernement français s’est lancé dans une course contre la montre pour trouver une sortie à la grave crise des « gilets jaunes », cette fronde sociale de Français modestes contre la politique fiscale et sociale d’Emmanuel Macron, deux jours après les sidérantes images d’émeutes en plein Paris.

Le Premier ministre Édouard Philippe a commencé à recevoir lundi à tour de bras: la maire de Paris Anne Hidalgo, les patrons des principaux partis politiques français, avant de rencontrer mardi des représentants des gilets jaunes. Le gouvernement – qui ne peut pas se permettre une nouvelle journée d’émeutes -, ne parvient pas à dialoguer depuis trois semaines avec ce mouvement protéiforme, qui évolue hors des structures de négociation classique.

Le président Macron n’a pas pris la parole publiquement depuis son retour d’Argentine dimanche, se murant dans le silence, et envoyant son Premier ministre en première ligne, pour tenter de dénouer la plus grave crise pour son exécutif depuis son élection en 2017.

« La France sous le choc attend des réponses », « Monsieur le Président, il faut des réponses », titraient respectivement les journaux Le Figaro et Le Parisien, tandis que Libération écrivait que M. Macron était « submergé » de jaune.

« L’ensemble des consultations, ainsi que celles ayant eu lieu la semaine dernière, conduiront le Premier ministre à annoncer les mesures destinées à permettre le déroulement serein de la concertation décentralisée souhaitée par le président de la République, et à assurer le maintien de l’ordre et le respect de la loi », ont assuré les services du Premier ministre dans un communiqué.

« Pour l’instant, nous n’avons pas de réponse », a déclaré le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, premier chef de parti reçu. Toutes les tendances politiques seront reçues au cours de cette journée marathon qui va s’étaler jusque dans la soirée.

Parmi les mesures qui pourraient être prises pour tenter d’amadouer les protestataires: une baisse des impôts. « Il faut accélérer la baisse des impôts. Mais pour cela il faut accélérer la baisse de la dépense publique. Et nous sommes décidés à nous engager dans cette voie », a déclaré lundi le ministre de l’Economie Bruno Le Maire.

Les gilets jaunes, qui tirent leur nom de l’habit fluorescent que doit posséder chaque automobiliste, sont des Français modestes exaspérés par la politique fiscale et sociale du gouvernement d’Emmanuel Macron, régulièrement accusé par ses détracteurs d’être le « président des riches ».

L’étincelle qui mit le feu aux poudres fut l’imposition d’une taxe sur les carburants pour financer la transition écologique. Cette fiscalité, conjuguée aux prix à la pompe soutenus par un baril relativement haut, a poussé ces Français désorganisés à se mobiliser via les réseaux sociaux, organisant blocages et manifestations, avec, en points d’orgue, les émeutes qui ont frappé les beaux quartiers de Paris samedi et leur cortège de barricades, incendies, et pillages de casseurs.

Les images, qui ont fait le tour du monde, occupaient encore largement les médias internationaux lundi, alors que se profile une éventuelle autre journée de mobilisation, potentiellement explosive, samedi prochain.

Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, ainsi que le secrétaire d’État Laurent Nunez, seront entendus lundi par les députés et mardi par les sénateurs pour expliquer leur gestion du maintien de l’ordre, critiquée par les organisations syndicales policières.

Ces dernières ont demandé lundi à être reçues par le président Macron pour exposer la « gravité de la situation » et demandent que la stratégie d’ordre public soit adaptée en cas de nouvelle mobilisation.

Pendant ce temps, les gilets jaunes continuent leurs actions, notamment les blocages de routes en province. De plus, alors que plusieurs dépôts de carburants étaient bloqués dans l’ouest du pays, une cinquantaine de gilets jaunes ont bloqué lundi matin l’important dépôt du port pétrolier de Fos-sur-Mer dans le sud. Enfin, une centaine de lycées étaient partiellement ou totalement bloqués lundi matin, à la fois contre les réformes dans l’Education et parfois en soutien parfois aux gilets jaunes.

Dans le même temps, la justice s’apprête à juger les interpellés de samedi après les émeutes de Paris. Plusieurs dizaines des 378 personnes interpellées, vont être jugées lundi et mardi à Paris lors d’audiences en comparution immédiate.

Les prévenus devront répondre des chefs d' »actes de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique », « dégradations sur des biens destinés à l’utilité publique », « regroupements en vue de commettre des violences », ou encore « port d’armes », délits passibles de trois à sept ans d’emprisonnement, a indiqué le procureur.

afp

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