Blog: Une autre facette de la crise – par Rachid Idrissi Kaitouni

Les premiers gouvernements du Maroc indépendant ont choisi une appellation intéressante pour désigner le ministère de l’éducation nationale : Ce fut alors le ministère de l’instruction publique et des beaux arts.
Cette appellation est, selon le Littré, relative à l’esprit et s’entend des connaissances que l’on acquiert et par lesquelles on devient habile et savant. Celle de l’éducation est relative à la fois au cœur et à l’esprit ; un ensemble des habilités intellectuelles ou manuelles qui s’acquièrent et s’entend à des connaissances que l’on fait acquérir et des directions morales que l’ont donne aux sentiments. Une doctrine qui venait valider, dans l’euphorie de l’indépendance, le rôle de la jeunesse pour l’enrichir non seulement des connaissances qui lui sont transmises dans la famille (par la Darija ou l’Amazighité), que celles dispensées à l’école (par le bilinguisme), par les médias qui s’invitaient, au quotidien dans nos demeures ou, celles qui s’organisaient autour de l’Etat en devenir.
Pourquoi l’instruction publique et les beaux arts apparaissaient-elles, en ce temps là, plus évidents lorsqu’il s’agissait de faire rayonner, à travers l’école, tout un savoir faire et une connaissance profonde et variée .
Un patriotisme en procession en quelque sorte !
Pourquoi quelques années plus tard, l’éducation nationale,s’est érigée en un appareil idéologique du pouvoir dominant ; refusant aux fondamentaux naturels de cette même société telle que la famille, de jouer son rôle et de se doter des moyens d’intégration et de production de l’homme de demain !
Dès le départ, cette vénérable institution s’est dotée, d’un ensemble des moyens auxquelles elle a eu recours pour devenir le lieu de production d’une jeunesse docile à la volonté des gouvernants, même en présence d’un fort mouvement estudiantin contestataire, et pour y développer des instincts d’égoïsme et d’individualisme de manière qu’elle ne soit utile que pour produire, entretenir et perpétuer un système ; celui de la compensation par l’agrément.
Les médias de masse ne sont pas étrangers à cette déconvenue.
Dans d’autres pays la radio et la télévision, pour participer à l’éradication de l’analphabétisme, ne faisaient pas que vanter les pouvoirs en places où participer à l’exclusive distraction des peuples. Le résultat est sans appel pour les pays qui n’ont pas su promouvoir et donner de la consistance à un projet éducatif enrichissant : Un profil en mal d’identité et d’adéquation aux regards d’un projet culturel structurant.
Arabisation, re-francisation, Darija ou pas, sociologie ou études islamiques, plan d’urgence ou pas pour finir avec des conclaves sans fumée.
Aujourd’hui, les réseaux sociaux nous confrontent à de nouvelles distances pour construire un modèle de coexistence pacifique, de citoyenneté et de liberté. En même temps qu’il profite à tout le monde, sans distinction du niveau d’enseignement ; le flux ininterrompu de connaissances n’est pas sans risques. Tout un chacun devient savant et initiateur de toutes choses. Ceux qui ont des choses à dire se retiennent ou ne sont plus entendus, face à la déferlante des réseaux sociaux et de leurs supports de plus en plus dénoncés, par ceux-là même qui en sont les concepteurs et autres créateurs.
Les pouvoirs publics et tout le système d’intermédiation sont également impuissants devant la déferlante des fake news et des colportages qui écorchent lamentablement l’éthique voir même le bon sens. L’école d’aujourd’hui ne produit ni des jeunes gens habiles ni des gens savants, ou très peu. L’échec et les déviations ne se comptent plus. Le désert politique frappe les campus universitaires. Lorsqu’ils font parler d’eux c’est toujours pour révéler les batailles rangées des obscurantistes et des extrémistes. Les jeunes ados qui ont proféré des insultes et autres insinuations à l’encontre du chef du gouvernement sont dans l’errance. Ils échappent à tout contrôle et encadrement. Ceux-là, évidemment, ne sont en majorité que des mutilés du cœur et des esprits vagabonds. Tous les appareils idéologiques en conscience, à commencer par la famille, en passant par l’école, les médias et les pouvoirs publics, doivent s’inquiéter sérieusement de cette jeunesse vieille et bien malade. Il faut intervenir avec les moyens d’aujourd’hui, et investir les domaines que les jeunes savent bien manipuler pour anticiper sur d’éventuelles déviations et tout genre de manipulations.
Rachid Idriddi Kaitouni est enseignant universitaire, 
ancien ambassadeur, ancien secrétaire général du parlement marocain 
et directeur à l'Académie du Royaume.
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