Chronique : Le pacte du sang – par Anass Benaddi

Les moments les plus tragiques de la vie surgissent sans crier gare. Il suffit d’un battement de cil pour que l’obscurité chasse la lumière. Sidi Bouknadel restera à coup sûr un lieu sinistre dans la mémoire collective des marocains. Au chagrin ressenti par tous ceux qui ont perdu un proche dans ce drame, se mêlent la tristesse, l’incompréhension et la colère de tous les autres. La séparation par la mort qui ne prend pas toujours la peine de prévenir, brise les coeurs les plus robustes. La providence ne cherche pas à donner d’explications rationnelles. Et lorsque la culture du laxisme finit par détruire des vies humaines, la fureur s’empare en toute légitimité des esprits, ne laissant plus beaucoup de place au deuil et au recueillement. Mais il arrive aussi que les moments les plus tragiques de la vie surviennent avec leur part de lumière.

Cruel mais salutaire paradoxe !

À l’heure où la communication règne sans partage sur notre quotidien, la spontanéité naturelle des marocains a su prendre le dessus sur la mollesse des officiels empêtrés chaque jour, de plus en plus, dans un bourbier dont ils ont peine à s’extirper. Les images de cette multitude d’anonymes faisant la queue, dans un formidable élan de solidarité, devant les centres de transfusion sanguine de Rabat quelques heures à peine après le drame, continueront de marquer les esprits qui doutent de la capacité des marocains à faire front lorsque cela devient nécessaire. Ces images rassurent à un moment particulier de l’histoire de notre pays. Un moment où le doute a fini par prendre tous ses quartiers, ne laissant plus que peu de place à l’espoir, à l’envie de croire, à la volonté de continuer ou même de commencer. Des images qui auront fait l’effet d’une contre-offensive de l’espérance sur l’affliction. Un sursaut de dignité morale face à l’implacable volonté du destin qui devient encore plus monstrueuse lorsqu’elle s’entiche de l’immoralité des hommes.

Le patriotisme serait, par définition conventionnelle, l’expression la plus sincère du dévouement d’un être humain envers ce qu’il considère être sa patrie. Dans ce cas précis, le patriotisme prend une toute autre signification. Clairement supérieur aux intérêts les plus éminemment élevés de la nation, l’élan d’humanité dont on fait preuve nos concitoyens ce triste jour de mardi 16 octobre 2018, est indéniablement la plus vraie, la plus belle, et surtout la plus incontestable des manifestations de l’esprit patriotique dans le sens le plus noble du terme. Nous savons désormais qu’il existe quelque part, dans les profondeurs inexplorées de notre conscience collective, un rêve qui attend et qui ne demande qu’à prendre forme pour devenir cet idéal qu’on peut fièrement appeler Maroc !

À nous de croire maintenant, aujourd’hui plus qu’hier, que cet idéal n’est ni un spectre, ni une chimère et encore moins un concept galvanisant pour les foules abusées et désabusées. C’est la volonté de croire qui permet de douter du doute lui-même. Sommes-nous en droit de dire que l’effondrement n’aura finalement pas lieu ? Oui nous le pouvons et le devons encore plus. Car en donnant leur sang pour sauver les vies de leurs compatriotes, les marocains ont scellé un pacte entre eux. Un pacte consigné à l’encre rouge aussi vive que la teinte du drapeau qui les unit. Un pacte du sang qui dit que les marocains seront toujours là pour les autres marocains…Un pacte qui dit que les plaies se refermeront, que les blessures guériront, et que le Maroc vaincra ses démons car il sait désormais qu’il peut, lorsque cela s’avère nécessaire, compter sur ses dignes filles et ses nobles fils. Ils sont bien là…liés à tout jamais par le pacte du sang !

 

 

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