Billet : Les chevaliers de la table ronde – par Anass Benaddi

Lorsque tout semble avoir été dit et redit, la seule chose qui reste à faire est d’en redire davantage. Le Maroc est un pays en crise. Les difficultés sont réelles comme le confirment les vastes mouvements de protestations sociales qui secouent le pays depuis quelques temps déjà. La Vox Populi apprend tant bien que mal à se faire entendre, dans une époque où la répression n’est plus tolérable. Une époque où il devient de plus en plus difficile de contenir la grogne des anonymes désabusés à outrance par ceux que l’on peut accuser d’être les puissants autoproclamés de leur temps.

Une classe dominante mais certainement pas dirigeante.

 Ce Maroc moderne qui est le nôtre, jeune aspirant-démocrate comme nous tous, semble avoir peine à trouver sa voie qui, pourtant, semblait lui être tout tracée. Les ambitions audacieuses et galvanisantes d’hier se floutent aujourd’hui dans la confusion et le vacarme qui caractérisent le contexte actuel, et les bonnes intentions s’évanouissent à l’ombre des actes manqués. Car si la feuille de route est claire, la mise en œuvre piétine. Les maîtres d’ouvrage ont failli. Ils ont été pesés et repesés puis jugés incompétents.

Dans ce même Maroc, et au bruit des turbulences que nous traversons en ce moment, la problématique fondamentale de l’émergence d’une véritable élite devient urgente. Une élite fédératrice c’est le gouvernail qui permet au capitaine du navire de maintenir le cap sur une mer agitée.

Une élite qui dirige tout mais qui ne domine rien !

Si l’aspiration des peuples à une meilleure qualité de vie s’inscrit dans l’ordre naturel des choses, elle s’avère parfois nécessaire pour tout pouvoir central, car elle lui impose de se réformer constamment et garanti de la sorte sa longévité.

N’est-il pas dit que le véritable progrès démocratique est celui qui consiste non pas à abaisser l’élite au niveau de la foule, mais d’élever la foule vers l’élite ?

Oui ! Le Maroc se trouve aujourd’hui victime de ses propres élites. Celles-là même que le système a façonnées de ses propres mains. Ces mêmes élites qui se sont vues cooptées par une logique de survie permanente. Une logique qui désormais ne tient plus la route. D’ailleurs, le Maroc continue de payer le prix de ce qui se rapproche beaucoup plus de la maladresse politique que du Machiavélisme de haut vol. Il suffit de regarder ce qu’a produit une démocratie locale improvisée à la va vite, sous la pression des contraintes géostratégiques, pour s’en rendre compte. Ajoutez-y tous ces avortons de l’incestueux rapprochement entre la politique et l’argent, tous ces nantis du système dont la fortune ne cesse de décupler tant qu’ils s’éternisent au sommet, et comprenez de ce fait, que la priorité des priorités est la mise en place des conditions favorables à l’émergence d’une élite digne d’en porter le nom. Une minorité dirigeante qui place le bien-être commun au cœur de ses priorités. Des néo-chevaliers de la table ronde qui portent en eux les trois valeurs fondamentales des preux : Force morale, sens de l’honneur et consistance intellectuelle. Des dirigeants et non des dominants…

…Et les masses suivront !

 

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