Tariq Ramadan placé en garde à vue à Paris

Tariq Ramadan a été placé en garde à vue mercredi matin à Paris pour être entendu par la police judiciaire dans le cadre d’une enquête pour viols et violences volontaires.

L’islamologue, visé en France par deux plaintes pour viols, avait été convoqué, a-t-on précisé de source judiciaire. Selon son avocat suisse, Marc Bonnant, « c’est de France qu’il s’est rendu spontanément et non sous la contrainte » à cette convocation.

Selon une source policière, il était entendu dans des locaux de la police judiciaire dans le 12e arrondissement de Paris.

Le parquet de Paris a ouvert en octobre dernier une enquête préliminaire pour viols et violences volontaires.

Une femme, Henda Ayari, ancienne salafiste, l’accuse de l’avoir agressée en marge d’un congrès de l’Union des organisations islamiques de France en 2012.

Une accusation rejetée par Tariq Ramadan, qui a porté plainte pour dénonciation calomnieuse.

Mais une autre femme a déposé plainte pour viol. Elle dit avoir été victime de violences sexuelles d’une grande brutalité, selon son témoignage cité l’automne dernier dans la presse.

En Suisse, quatre de ses anciennes élèves l’ont accusé, dans La Tribune de Genève et le journal 24 Heures, d’abus commis pour certaines quand elles étaient encore mineures.

Ces accusations n’ont eu à ce jour aucune suite et la garde à vue de Tariq Ramadan « est sans aucune relation avec les faits qui auraient été commis en Suisse », a dit Me Bonnant, selon qui ces quatre accusatrices « ont revisité leur consentement quelques années après » mais n’ont pas porté plainte.

Les avocats français de Tariq Ramadan ont pour leur part refusé de faire le moindre commentaire. Sa garde à vue peut-être prolongée jusqu’à 96 heures.
L’université britannique d’Oxford, où il enseignait, a annoncé en novembre sa suspension avec effet immédiat.

Elle a justifié cette décision par la volonté de permettre au professeur d’études islamiques contemporaines de « répondre aux sérieuses allégations formulées contre lui ».

Ces accusations de viols avaient suscité un déchaînement de ses supporters dans les réseaux sociaux.

Né le 26 août 1962 à Genève, Tariq Ramadan est le petit-fils du fondateur égyptien des Frères musulmans, Hassan el-Banna, auquel il a consacré sa thèse de doctorat de l’université de la même ville de Genève.

Conférencier prolixe, prédicateur et auteur d’ouvrages sur l’islam et l’intégration, son allure moderne et ses talents de débatteur en font un « bon client » des chaînes d’information.

S’il a pu faire figure de défenseur d’un islam compatible avec les démocraties occidentales, il est aussi accusé par ses nombreux détracteurs d’être un adepte du double discours, modéré pour les médias et fondamentaliste pour son public.

En 2003, il avait ainsi soutenu l’idée d’un moratoire sur les châtiments corporels dans les pays musulmans, dont la lapidation des femmes, plutôt qu’une interdiction immédiate.

Dans une vidéo diffusée sur internet, il avait également estimé que l’excision faisait partie des traditions de la communauté musulmane et prôné une discussion interne à l’islam sur ce sujet comme sur d’autres. « C’est à nous de décider, pas aux islamophobes ni aux racistes », avait-il expliqué.

En avril 2017, le ministère de l’Intérieur avait décidé d’expulser de France son frère aîné, Hani Ramadan, estimant qu’il faisait peser une menace grave sur l’ordre public.

Ce défenseur de la charia, qui a justifié par le passé la lapidation des femmes adultères, dirige le Centre islamique de Genève. Cette institution créée en 1961 par leur père, Saïd, gendre de Hassan El-Banna, et réputée financée par l’Arabie saoudite, est entièrement gérée par la famille Ramadan.

Lalettre.ma avec Reuters

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