Le Rassemblement Constitutionnel pour la Modernité

Le président du Rassemblement National des Indépendants, a choisi la ville de Tanger pour donner le coup d’envoi des Congrès régionaux de son parti. Douze rencontres qui doivent aboutir à une vision tenant compte des spécificités de la société marocaine, et à l’élaboration d’un projet politique clair qui cherche à rassembler plutôt que diviser.

Ceux qui suivent de près la vie politique marocaine, n’auront aucune difficulté à reconnaître dans cette déclinaison l’ADN de cet autre projet politique qui devait être le plus ambitieux et le plus important de la nouvelle ère. Le PAM ! Le très controversé parti du tracteur, du non moins controversé Ilyas El Omari, proposait à sa création, avec d’autres profils aux commandes, quelque chose de parfaitement identique sous les acclamations de ceux qui étaient pour et les sifflements assourdissants des opposants, menés à l’époque par l’islamiste Abdelilah Benkirane, qui réussira par rallier à sa tribune les protestataires et autres nihilistes de tous bords, le temps de créer la juste confusion qui devait perturber la bonne Marche du mouvement. Le reste, l’Histoire se gardera de le retenir…

Il est dit qu’en matière de Politique, lorsque celle-ci est savamment pensée et repensée, rien ne se fait par hasard. S’exprimer dans le contexte actuel depuis Tanger, n’est sûrement pas une coïncidence, lorsque l’on sait que cette ville est connue pour être la capitale d’une région présidée par l’actuel secrétaire général du PAM. Une région que l’on dit aussi, politiquement parlant, le fief d’un parti devenu rifain par la force des choses. Une région qui compte parmi les autres petites villes qui la constituent, Al Hoceima ; l’épicentre de la contestation populaire qui secoue le Maroc depuis la mort tragique de ce jeune vendeur de poisson, broyé dans une benne à ordures, alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise interdite à la vente à l’époque des faits !

En choisissant de prendre la parole depuis le Nord du Maroc sur des sujets aussi vitaux que la santé, l’éducation et l’emploi, M Akhannouch dissipe les doutes et confirme son statut de nouveau chef de file du modernisme « made in Maroc » : ça sera le RNI et non plus le PAM !

Au lendemain des élections législatives de 2016, le RNI et son tout fraîchement élu président avaient opéré un rapprochement inattendu mais somme toute logique avec L’Union Constitutionnelle de l’ancien Maire de Casablanca et actuel ministre du tourisme, Mohamed Sajid. Cette alliance qui devait finalement se conclure par la création d’un groupe parlementaire commun, allait redonner des couleurs à un RNI moribond, au bord de l’effritement. L’évolution naturelle des évènements voudrait que Aziz Akhannouch, dans la perspective de finaliser la création d’un pôle libéral solide et homogène, lance une OPA sur les actifs du PAM. D’abord parce que c’est la façon la plus consensuelle d’apurer le passif de cette expérience ratée, mais surtout par égard aux nombreux militantes et militants du PAM qui ont cru…et continuent de croire.

Le Rassemblement Constitutionnel pour la Modernité ! Le nom paraît tout indiqué pour ce qui semble être une grande idée…Une idée qui provoquera forcément une réaction de mimétisme au sein des courants antagonistes : Le PJD, l’Istiqlal et le MP d’un côté. L’USFP, le PPS et l’extrême-gauche de l’autre. Un pôle conservateur, un autre de gauche et au milieu un pôle libéral assumant ouvertement son rôle de « régulateur »…en attendant que le Maroc parachève une transition démocratique qui n’a que trop duré.

Reste la question de la faisabilité de la chose. Si la tâche s’annonce dores et déjà ardue pour ce novice de l’action partisane, c’est parce qu’il devra faire preuve d’une grande aptitude au dialogue et à la persuasion que certains caciques récalcitrants ne semblent pas vouloir lui reconnaître de sitôt, tant sa proximité avec le palais irrite au point de l’amputer de cette légitimité politique indispensable lorsqu’il s’agit de s’asseoir face à de coriaces brigueurs de scrutins…Car c’est bien de scrutin qu’il sera question au bout du compte.

Anass Benaddi
Anass Benaddi / Directeur fondateur-lalettre.ma

 

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