Les larmes du crocodile

La présence de la RASD en Côte d’Ivoire pour le sommet UA-UE ne semble pas indisposer la diplomatie marocaine. Bien au contraire, comme cela a été noté par les observateurs sur place.

Le Roi Mohammed VI s’est rendu à Abidjan à la tête d’une imposante délégation officielle rompant ainsi avec cette vieille tradition qui consistait à snober tout espace sur lequel pouvait-on voir brandiller le drapeau de l’entité séparatiste.

Aujourd’hui la donne a changé, dictant une nouvelle approche diplomatique proactive, exclusivement légaliste et surtout plus mature. Le retour naturel du Maroc au sein de l’Union Africaine après 32 ans d’absence justifie l’approche qui le légitime davantage. Les résultats de cette approche n’ont d’ailleurs pas tardé à se faire ressentir.

 Alors que les médias marocains annonçaient, avec un enthousiasme à peine contenu, que le Malawi devrait s’ajouter à la longue liste des pays africains qui ont décidé de rompre avec la RASD, une dépêche de l’agence MAP officialise ce qui était impensable il y a quelques mois à peine : Le Roi du Maroc recevait le président Sud Africain à Abidjan !

Un véritable coup de tonnerre à en juger par la lecture du texte de la dépêche qui soulignait que « Lors de cet entretien, les deux Chefs d’Etat ont convenu de travailler ensemble, main dans la main, pour se projeter dans un avenir prometteur, d’autant plus que le Maroc et l’Afrique du sud constituent deux pôles importants de stabilité politique et de développement économique, respectivement à l’extrême nord et l’extrême sud du continent. »

Une rencontre inédite qui marque un tournant décisif dans les relations entre les deux grandes puissances africaines. Mieux encore, et pour tourner la page de cette rivalité pernicieuse qui a toujours refusé de dire son nom, les deux chefs d’Etat ont décidé « que le cadre de la représentation diplomatique sera relevé par la désignation d’ambassadeurs de haut niveau à Rabat comme à Pretoria ».

La politique de la chaise vide, longtemps adoptée par le Maroc à chaque fois qu’il était question de croiser publiquement le regard d’un « renégat » de Tindouf, semble ne plus avoir lieu d’être. L’offensive diplomatique enclenchée par le Souverain est désormais très simple à comprendre : elle consiste clairement à regarder l’adversaire dans les yeux, devant témoins, pour l’entraîner progressivement sur le terrain du droit international et de la légalité, pour démonter minutieusement chacun de ses arguments, chacune de ses indignations, jusqu’à assécher la dernière des larmes du crocodile.

Le fait que le Souverain se rende lui-même en terre que la RASD croyait conquise depuis trois décennies n’est pas un revers diplomatique, mais plutôt un renversement de situation inédit qui va très certainement bénéficier au Maroc pour qui, n’oublions pas de le rappeler, la RASD n’existera jamais !

 

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