Le lourd tribut du compromis

Le Maroc peut-il se passer de ses partis politiques ? Le bon sens ne permettrait pas que cette question soit posée, mais le citoyen lambda s’empresserait de répondre par l’affirmative, et à raison il faut l’admettre, tant la politique au Maroc ne se présente aujourd’hui que sous les traits les plus repoussants.

Les marocains semblent être condamnés, par je ne sais quelle force occulte, à subir, dans leur quotidien, les terribles effets de l’inefficacité de ceux qui sont sensés défendre et représenter au mieux leurs intérêts. Les élus, tels des naufragés sur leurs frêles esquifs, se laissent emporter par les petits courants entre deux échéances électorales, pendant que le gouvernement peine à paraître homogène dans ses réalisations : car si deux ou trois ministères arrivent à se distinguer par le pragmatisme dans l’action des technocrates qui les dirigent, les politiques, eux, se noient dans les velléités sans lendemain et les effets d’annonce qui n’impressionnent plus un  public mieux informé et donc plus exigeant.

Il ne s’agit pas ici de faire l’apologie de la gestion technocratique des choses, car elle connaît, elle aussi, comme toute forme d’approche, ses propres limites. Mais il faut reconnaître qu’un technocrate, par le pragmatisme et le sens de l’action qu’il peut apporter, finira toujours par l’emporter face à un partisan qui se retrouvera, du jour au lendemain, propulsé sur le devant de la scène, car ainsi en aura décidé la réalité géopolitique de la région…

Cependant, un technocrate finira, à un moment où un autre, par pratiquer la navigation à vue, aveuglé par l’éclat des chiffres qu’il collectionne et par son manque de culture politique. Le rôle du politique, dans sa dimension la plus noble, est incontournable dans ce genre d’entreprises, car c’est à lui qu’incombera en fin de compte la délicate responsabilité de donner du sens à l’action. C’est à lui de répondre aux deux questions essentielles qui reviennent sur toutes les lèvres aujourd’hui: Où allons-nous ? Et comment comptez vous nous y emmener ?

Ces deux questions risquent de demeurer sans réponses, il faut bien le craindre, car les profils confectionnés en série pour inonder les souks électoraux ne ressemblent en rien à celui décrit quelques lignes plus haut. Le premier est devenu un paria, un appendice qui défigure la politique telle que la conçoivent les seconds. Ceux-là, sont devenus féconds, se sont multipliés pour ensuite prospérer dans l’ambiguïté…N’est-il pas dit que c’est bien dans l’ambiguïté que l’incompétence trouve son salut ?

Le Maroc paye aujourd’hui le lourd tribut du compromis avec le clientélisme, le népotisme et l’esprit de clan ! Le compromis fut tel qu’il a favorisé les conditions d’enracinement du vicieux au détriment du vertueux.

Les partis politiques, sans exception aucune, auront finalement réussi à compromettre tous les espoirs portés par cette transition démocratique, précieux héritage d’entre deux règnes, par leur incapacité manifeste à assumer leur rôle dans ce processus qui peine à aboutir.

Prisonnières de leur propre instinct de conservation, les formations traditionnelles auront produit un modèle de gestion de la chose publique totalement défaillant, qui sera reproduit plus tard, puis érigé en un grossier système de rente, par cette nouvelle élite politique, qui se revendique sans vergogne de la nouvelle ère, mais qui finira par devenir partie intégrante du problème faute de pouvoir y apporter des solutions…

Mais revenons à la question posée en ouverture de ce texte et à laquelle je répondrai par la négation !

Le Maroc est un pays qui a fait le pari de la démocratie, il le fera donc au rythme que lui dicte la lourde cohabitation entre ses vieux démons et les promesses annonciatrices de radieux lendemains. Le choix démocratique, une fois acté, devient irréversible. C’est une dynamique vertueuse qui s’enclenche pour échapper à tout contrôle malsain, à l’image de cet étalon sauvage qui accepte de se laisser monter pour mieux désarçonner ce cavalier aux mauvaises intentions.

L’intention, et la sincérité dans les intentions, c’est peut-être ce qui nous manque en politique, et pas que ! Si la sincérité pouvait devenir le dénominateur commun entre les différents partis, toute tendances confondues, la confiance serait rétablie entre les apprentis-démocrates que nous sommes et ceux qui ont fait le choix sincère de représenter au mieux nos intérêts…et que nos intérêts !

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