Histoire et vérité d’un dangereux dérapage

Billet: Histoire et vérité d’un dangereux dérapage-Par Anass Benaddi

La phrase n’est pas passée inaperçue, bien au contraire. Relayée en boucle par tous les médias de l’hexagone, elle continue de résonner dans les oreilles incrédules de ceux qui voyaient en Emmanuel Macron la résurrection de ce que la France croyait avoir du mal à retrouver : le courage, l’éthique et le sens de la justice !

« Nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme », dira-t-il devant le premier ministre israélien. Ce dernier se trouvait en France pour commémorer les 75 ans de la rafle du Vél d’Hiv, un chapitre des plus noirs de la collaboration nazie durant la seconde guerre mondiale. Plus de 13 000 juifs de la région parisienne ont été arrêtés, puis parqués dans le Vélodrome d’hiver, entre le 16 et le 17 juillet 1942, avant d’être déportés vers les camps de la mort. Si l’atrocité du drame est indiscutable, ce qui l’est moins par contre, c’est cette réflexion du Président Français. Dire qu’elle est incompréhensible reviendrait à douter des capacités intellectuelles d’un homme dont les aptitudes dans ce domaine ne sont plus en équation. Essayer de la comprendre, pour la justifier, serait une caution supplémentaire à sa nuisance.

Dans un pur exercice de lecture herméneutique, domaine très certainement exploré par le jeune Macron alors assistant éditorial du philosophe Paul Ricoeur, voici une interprétation facile de ce que nous dit cette déclaration.

Il n’est pas question ici de débattre sur le sens des mots. Mais nous devons tout de même rappeler deux vérités essentielles et unanimement acceptées : le sionisme est une doctrine politique qui se base sur la croyance religieuse pour édifier un état exclusif aux juifs, alors que l’antisémitisme est un sentiment de rejet d’un groupe d’êtres humains- les sémites en l’occurrence- constitué de juifs et d’arabes, tous deux locuteurs d’une langue qui établit par conséquent un lien anthropologique entre les premiers et les seconds.

Dès lors, être antisémite consisterait à rejeter et les juifs et les arabes. Selon Emmanuel Macron, être antisioniste reviendrait donc au même ? Absolument pas ! L’incohérence contrôlée du président français, est une autre rafle, une nouvelle déportation. En s’exprimant de la sorte M. Macron confisque au peuple palestinien son seul et unique bien : son malheur ! En s’exprimant ainsi, M. Macron confère le monopole du drame au seul peuple juif !

En définitive, il n y a aucun amalgame à corriger dans la déclaration de M. Macron. Son discours a été minutieusement préparé, et chacun de ses mots soigneusement choisi. Des mots bien choisis pour plaire à cette bête politique qu’est Benyamin Netanyahu. Mais des mots qui interpellent sérieusement sur l’engagement humaniste du Président Français !

La France d’Emmanuel Macron aurait-elle choisi de soutenir la politique colonialiste d’Israël en fermant définitivement les yeux sur le plus grand drame humain depuis la Shoah : l’extermination méticuleuse du peuple palestinien sous le regard passif de la communauté internationale ? Nous pouvons le craindre en effet, mais à aucun moment nous ne pouvons l’affirmer avec certitude. Le doute -l’espoir dirons certains- est, ici, plus que permis, parce que dans une autre vie le jeune Macron a étudié la philosophie. Et il aura certainement eu le double privilège de lire avant de méditer cette phrase lourde de sens écrite de la main de son mentor « le présent est à la fois ce que nous vivons et les anticipations d’un passé remémoré ».

Anass Benaddi

Fondateur de Lalettre.ma

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